Vous prendrez bien une petite tranche de nuit ?
Un croquis pris sur le vif d’une réalité humaine nombreuse et anonyme. Suivant les discours, elle est nommée pauvreté,
misère, immigration ou encore folie. L’ascenseur social n’est pas en panne, sa cabine est juste réservé à certains. Pour les autres il reste peut-être la solution de l’escalier de service. Mais,
pour ceux dont nous parlons ici, même l’échelle de secours est absente…
Il y a une sonnerie dans le bureau ou plutôt une sonnette aigrelette ; je cherche et ne trouve pas à quoi elle peut correspondre. Je suis nouveau dans le service, je ne connais pas encore toutes les sonneries, les sons de cloche. Je lève la tête et je vois là-bas, tout au fond du réfectoire la personne de service qui s'agite, qui me fait des signes avec les bras, qui appuie avec le doigt contre un truc, c'est ça la sonnerie, c'est un appel de détresse qui vient du réfectoire. Je vais m'élancer, je m'élance et je sais que c'est une bagarre.
Une bagarre devant la poubelle. Je traverse le grand réfectoire. Ils sont quinze ou vingt devant des bols de café, de lait, de café au lait. Il mastiquent leurs tartines de pain beurre. Pas de confiture aujourd'hui, faut pas rêver on n'est pas dimanche. Ils regardent la bagarre devant la poubelle mais c'est pas un spectacle bien nouveau, bien terrible. Pas de quoi s'arrêter de mastiquer une tartine sans confiture. Et devant la poubelle ils sont deux à se bagarrer. Enfin pas vraiment à se bagarrer, plutôt à se bousculer et à s'invectiver. Parce qu'il est impossible qu'il y ai une bagarre devant la poubelle sans insultes. Des insultes de bagarre devant la poubelle : connard, enculé, ce genre d'insultes de bagarre devant une poubelle.
Extrait du Lokal 7
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