Vendredi 1 février 2008

La distinction d’un homme riche et d’un pauvre se fait le plus souvent en observant les vêtements de celui-ci, ses loisirs, son compte en banque. A cela, rien de bien difficile. Si l’on veut préciser ce premier jugement hâtif, on se reportera à son emploi, la taille de son domicile ou je ne sais quoi, tiens, la destination de ses vacances par exemple. Tout cela est banal et presque sans intérêt. Car ces considérations n’aident qu’à mesurer l’ampleur des  circonstances matérielles contenues dans notre idée de la richesse et de la pauvreté. Il semblerait que l’essentiel s’en échappe. Qu’il faille redéfinir la richesse, la pauvreté.

La richesse ne doit pas rester synonyme de luxe, confort, abondance. Car sinon à quoi bon être pauvre ? Pourquoi d’ailleurs l’idée de masse ou de massification serait-elle positive, valorisée ? Que veut-on se cacher ?  Un manque d’espérance ? De liberté, de joie ? Les critères de richesse ou de pauvreté sont à chercher ailleurs.

Aujourd’hui, il est riche celui qui peut se contenter de lui-même : on voit les choses pour lui, on lui dit quoi écouter, quoi penser sans plus bouger, sentir, craindre ni douter. Riche aussi est celui qui peut se passer de l’armure moderne, idéale pour affronter le monstre Incertitude et le manoir Réalité : I pod modernisant, Mp3 hurlant, télévision aveugle, écran plat boulimique, Wii, Msn, blog, net, Webcam, blip, clic, chat, mobile à photo, appareil photo -caméra, caméras dans la rue, bureaux virtuels, etc…

Riche est celui désormais qui a du temps sans interférence, du temps perdu, du temps vacant, inutile, du temps mort, des blancs dans la journée, des temps d’arrêt, du mi-temps, du quart, un petit temps de pause, du temps détendu. Pauvre au contraire, celui qui a peur de manquer, d’être seul sans ses groupes, sans ses objets dans lesquels il peut se mirer. -Qu’il nous est dur de penser sans machines ! De vivre sans appareillage. De nous passer de nos créatures. A quand notre septième jour ? Le dimanche est désormais le jour de shopping tranquille. Pour cela, merci monsieur Nicolas.  

Pauvre est celui qui ne peut se passer d’activités, de temps plein, c’est du temps de gagné. Pauvre désire toujours ce temps absolu, ce temps efficace, ce temps rentable où l’argent coûte à flots pour les autres. Nos vertiges se cherchent des mirages.

Alors, choisissons, dès ce soir. Télé-radio-chattons encore ou temporisons notre emploi du temps qui cherche le repos. Embuons nos pensées, dévitalisons nos rages quotidiennes devant un bon bol de soupe consensuelle ou cherchons réconfort dans la conversation, le copain, l’observation des chats-huants, la pluie va se remettre à tomber, je dormirai bien dans le jardin ou dans le remplissage de quelque vieux carnet secret. 

Qu’il est riche celui qui passe quelques unes de ses heures sous silence, dans l’inactivité heureuse de ne pas ce monde un peu plus entacher.


Extrait du Lokal 8

par lelokalmatos publié dans : Que faire, quand on n'a rien à faire? communauté : Les écorchés vifs
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