Vendredi 1 février 2008
Il y a un peu plus d’un an, en décembre 2006, l’ex dictateur chilien Augusto Pinochet est décédé à l’âge de 91 ans paisiblement à Santiago de Chili.

 La mère de Ricardo M.A. est argentine. Elle a grandi sous la junte militaire des amis de Pinochet : les Généraux Videla et Viola. Son premier mari, dont elle a eu deux filles, fut torturé jusqu'à la mort. Un exemple parmi tant d’autres en 1970-1980.

 20 années de guerre sale. C’est l’époque de l’opération Condor menée par tous les dictateurs latino-américains. Une véritable campagne d’assassinat des opposants politiques assistée et soutenue par les services secrets des Etats-Unis. Dans toute l’Amérique latine jusqu’en Europe, les dissidents politiques sont poursuivis par les escadrons de la mort. Ils sont froidement exécutés au nom de la « doctrine de sécurité nationale ». Ce sont les desaparecidos. 30 000 disparus et 400 000 prisonniers politiques, pour l’Argentine seulement. Disparus pour avoir exercé un droit primordial : penser et s’exprimer librement.

 Une amie de la mère de Ricardo, maltraitée pendant des jours, finalement parla. Sous les coups de la torture, elle dévoila la cachette de son mari ; les militaires le capturèrent et l’assassinèrent. Les amis de cette dame sont toujours partagés. Deux sur trois la considèrent comme une traite. Les autres lui ont pardonné.

 Cet épisode date d’y il y a 30 ans. Ces deux dames sont régulièrement suivies par des psychologues. 30 ans de psychologie pour enterrer ce souvenir et essayer de guérir les blessures. Aucune des deux n’a eu justice. Ni pour leurs maux ni pour la mort de leur mari.

 Les argentins Videla et Viola furent jugés avec le retour de la démocratie en 1983. Après cinq années derrières les barreaux ils ne doivent leur liberté qu’à la grâce présidentielle. Viola est décédé en toute impunité. Videla fini sereinement ses jours chez lui. Pinochet eu droit aux meilleurs repas, aux meilleurs médecins. Il n’a finalement pas été jugé pour ses crimes.

Les bourreaux meurent.

Libres.


Extrait du Lokal 8

par lelokalmatos publié dans : Société, tu m'auras pas
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