J’suis écœuré. Il est passé au premier tour ce type. Son troisième mandat. Et il a fait quoi ce mec pour se faire réélire ? Où sont les bancs de la piste cyclable ? Que sont devenus les parcs, grillagés pour les uns, scellés à double tour pour les autres ? Qu’en est-il des champs ouverts et des arbres, remplacés par des résidences surveillées avec leurs piscines privées, leurs portails automatiques et leurs balcons en béton ? Du premier tour le mec qui s’est fait réélire. J’suis écœuré.
Il flirte avec l’extrême, se présente sans étiquette alors qu’on connaît bien sa véritable opinion. Il a transformé ma ville de campagne qui vivait avec ses associations culturelles et sportives en village dortoir. Pas de manifestations. Ah si, les hommages militaires, et la messe de Noël. Il a même son siège réservé à l’Église. Tiens, elle est belle l’Église : il a baptisé les deux nouvelles cloches de son nom et celui de sa femme. Mégalo en plus le type. J’suis écœuré.
Du premier tour. Et pas de programme outre la baisse des taxes foncières. Encore plus d’habitants qu’il veut le type. Ça roule pas, y’a des bouchons aux heures de pointe, et il vend les terrains communaux. Pourtant y’a pas une entreprise chez moi. Un village dortoir j’te dis. Son objectif ? Que les habitants rentrent chez eux se coller devant la télé et qu’il leur serre la pince le samedi matin au marché de la Gran’Place en leur promettant monts et merveilles. Tiens par exemple, les gens du voyage n’auront pas de lieu pour y résider : « un nouveau gage de sécurité pour la commune »... Sa dernière ? Un golf ! Le type, il interdit les feux d’artifices du 14 juillet pour éviter de taper dans les nappes phréatiques en prévention d’incendie et il veut construire un golf ! Ça n’pompe pas d’eau le golf, c’est vrai, pas une goutte. Attends, pour son précédent mandat il avait promis un lac ! Menteur en plus le mec. J’suis écœuré.
Et il sourit. Ah ça oui, il sait faire. Il drague les électeurs, surtout les femmes, leur tend l’oreille telle une assistante sociale ou leur promet un futur boulot. Un vrai pervers, ce type… Pour s’assurer une franche victoire il a viré 10% des électeurs. Y’a moins de votants aujourd’hui qu’en 2001 alors que la population a augmenté. C’est énorme ; belle stratégie. Et tiens, comme une lettre à la poste. Soit d’accord avec lui, sinon il t’empiffre. Un coup de pression par ci, il envoie ses sbires par là pour agresser les autres candidats Et tu les connais les mecs. Des vrais chiens de garde. La mairie est toute à lui. Les employés municipaux ? Obligés de vanter tous ses mouvements, ils le prient trois fois par jour. Ses amis ? Clientéliste le mec. J’suis écœuré.
Autre chose de navrant, il organise les conseils municipaux dans la journée. Pas con le mec, lui il n’bosse pas, mais l’opposition si. Elle ne peut pas y assister en pleine journée. Ça c’est la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas un conseil, c’est une chambre d’enregistrement. Comme en Russie. Le tsar arrive, s’assoit, propose l’ordre du jour, énumère les décisions. Ses sbires acquiescent ; l’opposition n’a même pas un mot à dire. Pas fou le type, il va pas s’emmerder avec ces modalités. Il a été élu, ça fait 12 ans, la voilà la confiance de ses électeurs. Ils l’ont élu pour qu’il décide. Le reste ? Il s’en tape. J’suis écœuré.
Le pire ? C’est les autres. Ils le vénèrent, sont tous à sa botte, lui accordent tous ses désirs. En tête, l’autre grognasse, ma voisine là, anti-jeune, un sourire en titane plein d’antirides. Un vrai requin, espiègle, reine de la photo et des buffets. Et lui là, l’ancien flic, un vrai chien de garde insultant tout opposant au règne de son maître. J’te parle pas des autres de sa liste. Ils se disent progressistes, ouverts, libéraux, cathos, humanistes même ! Des vrais salauds , oui. Voilà ce qu’ils sont tous. Lui, seul, en haut du trône entouré de caniches qui ont fait de mon village une ville de planqués. Des planqués. Ils ont voté pour lui, les mecs. Ils m’écœurent.
Extrait du Lokal Matos 9
Aucun commentaire pour cet article