En 1968, lors des Jeux Olympiques de Mexico, Tommie Smith remporte la finale du 200 mètres établissant par la même occasion un nouveau record du monde. Son compatriote John Carlos obtient lui la médaille de bronze.
Quelques heures plus tard, les deux jeunes athlètes noirs américains montent sur le podium afin de recevoir leurs médailles. Quand l’hymne américain retentit dans le stade, ils lèvent leurs poings gantés de noir et baissent la tête. Sous les huées d’une grande partie du public, dans un geste empreint d’une profonde dignité, les deux hommes brandissent leurs poings pour rappeler au monde que les Noirs sont alors victimes au quotidien du racisme et de la ségrégation aux Etats-Unis. Un mois auparavant, Martin Luther King a été assassiné, mort au combat, tué pour avoir mené la lutte des noirs, celle des droits civils et de l’égalité. Tommie Smith et John Carlos, pieds nus, portent un foulard et un collier autour du cou en référence aux humiliations et aux lynchages subis par les noirs tout au long de l’histoire.
A l’issue de la cérémonie protocolaire, ils déclarent : « Nous ne sommes pas les braves garçons, ni de braves animaux que l’on récompense avec des cacahuètes. Si les gens ne s’intéressent pas à ce que les noirs pensent en temps normal, qu’ils ne viennent pas voir les noirs courir en public. » Ce jour-là, Smith et Carlos portent très haut les valeurs et les droits de l’homme, pas les fameuses « valeurs du sport » qui ne sont que celles de l’argent roi et de la loi du plus fort.
Smith et Carlos n’avaient que faire de rentrer dans l’histoire du sport - une médaille et puis s’en va- ils voulaient se comporter en hommes libres pas en bêtes de foire ou en gladiateurs modernes. Dès le lendemain, ils furent suspendus de l’équipe américaine, bannis du village olympique et disqualifiés à vie des Jeux. Avery Brundage, alors président du Comité International Olympique, déclara solennellement qu’une protestation concernant la politique intérieure d’un pays n’avait pas sa place au sein d’un évènement apolitique comme les Jeux Olympiques. Triste déclaration qui nous rappelle étrangement les discours actuels des hauts dignitaires sportifs et des grands de ce monde.
Compromettre sa carrière ou se compromettre ? En agissant comme ils le firent, Smith et Carlos choisirent clairement. Leur conviction valait plus qu’une belle médaille et qu’un sourire de circonstance. A ceux qui leur intimaient l’ordre de devenir de grands sportifs, ils répondirent qu’ils voulaient d’abord être des hommes.
Nos amis sportifs, qui se targuent d’être des ambassadeurs des droits de l’homme et souhaitent l’avènement d’ « un monde meilleur », feraient sans doute bien de méditer le geste de Smith et Carlos avant de s’envoler pour Pékin. Peut-être alors comprendraient-ils avec nous cette phrase de Martin Luther King : « Que sert à l’homme de gagner l’univers des choses extérieures s’il perd la réalité intérieure - sa propre âme ? »
Extrait du Lokal Matos 9
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