Anarchiste de haut vol
Feuilletoniste de génie
Homme libre
Que vivent les voyous, les enfants et les fous…
(Éléments biographiques)
Le Corse Zévaco commence à vingt ans une carrière dans l’enseignement. Bientôt, il enlève l’épouse d’un conseiller municipal, est révoqué, s’engage pour cinq ans et quitte l’armée sous-lieutenant ; ça promet !
A Paris il rencontre Louise Michel et d’anciens communards, se proclame «socialiste révolutionnaire», devient éditorialiste et se lance dans la campagne des élections législatives de 1889 : « Les bourgeois nous tuent par la faim : volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour éradiquer cette pourriture ». Le voilà en prison pour provocation au meurtre.
A peine libéré, il créé une « ligue socialiste révolutionnaire », participe à la fondation de syndicats, collabore à divers journaux : L’Egalité, Le Libertaire, La Renaissance… Guerroie contre toutes les formes d’oppression : l’argent, l’armée, la religion. Il fait un éloge public de Ravachol, l’anar poseur de bombes, et se retrouve aux assises puis en prison à Sainte Pélagie où ne tarde pas à se déclarer une épidémie de typhus… Les journaux mènent alors une énorme campagne de presse et de pétitions jusqu’à ce qu’ils obtiennent sa libération conditionnelle.
Zévaco souffle un peu, il se tourne vers la vie artistique et littéraire et se met à signer des feuilletons dans les quotidiens jusqu’à ce qu’éclate l’affaire Dreyfus qui le ramène au combat. Il se lie avec Jaurès qu’il admire par-dessus tout et entre à son journal La Petite République socialiste où parait bientôt le premier épisode des Pardaillans qui vont consacrer sa gloire et sa fortune.
Quand Jaurès fonde L’Humanité en 1904, Zévaco signe un mirifique contrat avec Le Matin et devient le grand spécialiste des romans de cape et d’épée qu’il publie en feuilleton puis en volumes. Il réserve désormais à ses romans, l’expression de ses convictions, mais avec quelle force !
Il ne verra pas la fin de la guerre de 14. Lorsqu’il meurt le 8 Août 1918 à Eaubonne, il est inhumé selon son désir « dans le corbillard des pauvres comme Victor Hugo ».
« Pardaillan représente un symbole de liberté et d’héroïsme national contemporain du Cyrano de Bergerac de Rostand. Son anticléricalisme foncier, fait de Pardaillan un homme uniquement soucieux des valeurs humaines. Il ne consent jamais à servir un maître. C’est un homme libre : ni Dieu, ni maître. »
Jacques Siclier
critique et historien du cinéma
« Il existe deux sortes d’hommes : ceux qui ont lu les Pardaillan et ceux qui ne les ont pas lus. Les premiers appartiennent à une société secrète. Ils vivent en exil, tentant toujours de retrouver leurs semblables parmi la foule des seconds.
Quand un enfant se lance avec les Pardaillan dans l’aventure de la lecture, il ne pourra jamais plus y échapper. Faisant voler les plumes de son chapeau imaginaire, il court d’un livre à l’autre, comprenant que les livres sont plus précieux que l’existence. L’aventure débutée avec Pardaillan peut continuer avec Tolstoï, Dostoievski, Balzac et tant d’autres. Pour un Pardaillaniste les livres sont un enchantement que rien d’autre ne peut offrir. La lecture s’apparente à une relation amoureuse.
Pardaillan est un compagnon de voyage, comme un chapeau magique qui peut protéger l’enfant perdu dans un monde de menaces et de punitions. Il montre le chemin de la bravoure, il apprend à ne pas devenir un menteur, un traître, une canaille.
Il existe deux sortes d’hommes : ceux qui ont lu les Pardaillan et ceux qui ne les ont pas lus. Chaque Pardaillaniste souffre de ne pas être un Pardaillan. Il est facile de le reconnaître, parmi les rayonnages d’un bouquiniste, au sourire mélancolique qui flotte sur ses lèvres et à son chapeau imaginaire. »
Ahmet Altan, écrivain et journaliste Turc – texte intégral : mletourneux.free.fr/
« Je lisais tous les jours dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence d’Hugo avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le 14ème siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d’âme des rois enfants et des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants. Pardaillan, c’était mon maître : cent fois pour l’imiter, superbement campé sur mes jambes de coq, j’ai giflé Henri III et Louis XIII. »
Jean Paul Sartre (les mots – 1960)
Extrait du Lokal Matos 9