Dimanche 18 mai 2008

André Dhôtel a pris le temps. Tout son temps. Le temps de ne pas devenir un grand écrivain, couvert d’or et de poussière. André Dhôtel a pris le temps de se promener, loin des sentiers glorieux du tout-Paris, en lisière, quelque part au fond des Ardennes.

Là-bas, sur la terre de Rimbaud, on l’appelait « le promeneux », mains dans les poches, chapeau sur la tête, en quête de champignons, de fleurs et de mystères. Quand il rentrait chez lui, il écrivait des romans, des récits et même des poèmes. Il roulait une cigarette et laissait ses personnages s’égarer dans des voyages sans motif si ce n’est le goût du « vent, de l’amitié du jour et du bruit des volets qui s’ouvrent. »

Comme lui, ses personnages ne sont ni anarchistes, ni philosophes, ni rien du tout. Ils se contentent de vagabonder sur des routes abandonnées du monde. Ils rêvent d’un lever d’un soleil sur la colline, d’une pêche miraculeuse ou bien de rencontrer un aimable jardinier. Par chance, parfois, un heureux hasard se produit et la chronique devient fabuleuse. Le temps de l’enfance resurgit et l’employé des postes redevient le collectionneur de papillons qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

Fragiles dissidents, les personnages d’André Dhôtel « vivent dans une incompréhensible présence. Certains rôdent dans leurs jardins, ou raccommodent quelque ustensile au fond des cours. D’autres encore, très rares, à l’entrée des routes, fument sous les noisetiers. »

Les personnages de Dhôtel arpentent des chemins sauvages et inconnus, loin des horloges et des pointeuses. Ils forment une étrange confrérie composée d’ « auteurs de poèmes qu’ils n’écrivent que l’hiver sur la buée de leurs carreaux, de gens curieux de mille choses dédaignées par ceux qui tiennent à occuper une situation si minime soit-elle dans une société vouée à la science et au travail obligatoire ».

André Dhôtel est mort en 1991. Non sans avoir auparavant, comme Martinien1, « agi prudemment en faisant provision de distractions intellectuelles et de chansons, et surtout en déclarant au mépris de tous les droits que nous étions en vacances. »

 

1. Martinien est l’un des personnages de La chronique fabuleuse. Toutes les citations sont extraites de ce livre publié au Mercure de France.


Extrait du Lokal Matos 9

par lelokalmatos publié dans : Ecrivains mineurs
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