Dimanche 18 mai 2008

Un soir cela arrive.

La femme dans le jardin, s’est laissée faire, égarer, par le vent. L’enfant, sur le seuil est frêle, aux prémices de lui-même. La fenêtre est à mi-ouverte dans le lendemain gris, muet. Sur la table, le couvert n’est pas mis mais un livre, ouvert, contient leur nuage de lumière, la lumière des murmures, la chaleur de la grange, des étables, l’air fébrile coulant sur la ville, le détail des chevaux échinés et dociles.

L’homme ouvre la portière de sa machine. Se peut-il qu’il pleuve autant ? On croit la neige proche, possible. Mâche le vent. L’enfant considère les genêts. Le bois n’est plus son royaume. L’homme sort du paquet une cigarette, le tabac est brun, sa vieillesse foule les mains du transi, meurt dans sa bouche.

Il faudrait davantage que les espoirs de cet homme, plus que la jupe grelottante de sa femme, il est nécessaire de davantage pour saisir, comprendre le décor boueux, flottant, le décor de leur hameau, de leurs nuits, leur argile. Pourtant, cela arrive. L’enfant alors est heureux, son coeur perd par moments pied. Ses parents gardent sauve la chaleur dans leurs paumes pour ses bosses, ses épines. Cela arrive. Désirer, attiser le désir, écorcher, se taire, demeurer, vouloir blottir. Mais   l’image s’arrête là, dérive.

Le fils a grandi, les parents dorment dans la tombe, la maison lointaine ne témoigne pas. Les mésanges ont disparu, les ténèbres veillent les chevaux. Ouvert sur la table, un prospectus, un programme.

Que manque t-il à cet homme, le fils, si ce n’est le cri de son père, les braises de l’été        couchées dans l’abyme ? Que pourrait-il venir à lui manquer si ce n’est ce qu’il a déjà cédé au  passé ? Ce silence, le mouvement ténu des jeunes scrupules. L’opacité des contes, le baiser laissé par la pluie dans le corps évasé. Ce que perd la fidélité généreuse. Rien d’autre. Cette volonté que  détient l’amour, la force sans image. Cela arrive, après, sur les tuiles bleutées en dessous desquelles le fils vient à son tour de mourir, aveuglément cela vient, dans la fougère au pied du lit, cette vie qu’il a pu défier, en quoi il a cru souffrir, elle arrive, il n’y a plus de routes, elle se laisse toucher.


Extrait du Lokal Matos 9

par lelokalmatos publié dans : La petite braderie des mots communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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