André Dhôtel a pris le temps. Tout son temps. Le temps de ne pas devenir un grand écrivain, couvert d’or
et de poussière. André Dhôtel a pris le temps de se promener, loin des sentiers glorieux du tout-Paris, en lisière, quelque part au fond des Ardennes.
Là-bas, sur la terre de Rimbaud, on l’appelait « le promeneux », mains dans les poches, chapeau
sur la tête, en quête de champignons, de fleurs et de mystères. Quand il rentrait chez lui, il écrivait des romans, des récits et même des poèmes. Il roulait une cigarette et laissait ses
personnages s’égarer dans des voyages sans motif si ce n’est le goût du « vent, de l’amitié du jour et du bruit [...]
Anarchiste de haut vol
Feuilletoniste de génie
Homme libre
Que vivent les voyous, les enfants et les fous…
(Éléments biographiques)
Le Corse Zévaco commence à vingt ans une carrière dans l’enseignement. Bientôt, il enlève l’épouse d’un conseiller
municipal, est révoqué, s’engage pour cinq ans et quitte l’armée sous-lieutenant ; ça promet !
A Paris il rencontre Louise Michel et d’anciens communards, se proclame «socialiste révolutionnaire», devient éditorialiste et se lance
dans la campagne des élections législatives de 1889 : « Les bourgeois nous tuent par [...]
Vers la fin des années 50, « l’Express » – pas le bavard libéral/people qu’il est devenu, mais celui de
JJSS et Françoise Giroud – orgueil de la presse d’alors et qui s’honorait de fréquentes pages blanches censurées par le pouvoir, paraissait le Jeudi. Jean Daniel en était le grand reporter
en Algérie et offrait, sans doute, le meilleur regard sur la guerre.
Un nommé Michel Bosquet y tenait la rubrique économique en même temps qu’il signait André Gorz ses contributions aux «Temps
modernes » de Sartre, Pingaud, Pontalis, Lanzman, etc… et ses premiers essais philosophiques et politiques. Plus tard, en 1964, il sera [...]
« Anecdotique, je le suis1» Georges
Perros
Lorsque vous ouvrez le recueil de Georges Perros, Une vie
ordinaire, paru en 1967, vous vous heurtez à un livre hybride, à un « roman-poème », à une écriture fragmentée, à une volée
d’octosyllabes, à une hémorragie de vers, à des phrases collées, à des mots en dérive, à des mots de la vie quotidienne. Pour ce romancier-poète, les mots doivent passer à la casserole, être, au
sens plein du terme, prosaïques. Les phrases sont marquées par le dépouillement et la simplicité, par l’absence de ponctuation. Le texte veut respirer, il a besoin d’air. Mais le poète éprouve
aussi un besoin [...]
" Il faut continuer, nous autres, les vivants, oui. Pas question de se faire une raison, mais
question d'être de coeur avec ce qui a lieu en permanence, à savoir un composé d'ennui, de rage, de désir, de résignation, de révolte, sacrée salade avec laquelle il n' y a pas moyen de moyenner,
et qui nous transbahute de ci de là, sans crier gare."
Lettre de Georges Perros à Maxime Caron, 1964
Si vous passez en Bretagne, si vos pas vous guident jusqu’à la fin de la terre, vous apercevrez dans les embruns la
silhouette bleue et voûtée d’un homme vieillissant, la pipe au bec et les cheveux fouettés par le vent.
Aujourd’hui, [...]
Le premier test est concluant. Georges Hyvernaud (1902-1983) ne figure pas dans le dictionnaire. Son nom n’est sans doute pas assez propre
pour Messieurs Robert et Larousse.
Propre, voilà un mot qui convient bien mal à la prose de Georges Hyvernaud. Ses livres paraissent assez sales, dégoûtants même. Pourtant, à
la ville, M. Hyvernaud n’avait rien du mauvais garçon. Plutôt banal et inoffensif le type. Derrière ses petites lunettes, les idées au frais sous la calvitie naissante, il ressemble bien au
professeur qu’il fut.
Oui, mais Hyvernaud a connu la guerre et la captivité. Arrêté en juin 1940, il passa la guerre dans un camp de prisonniers, un [...]
C’était jour de soldes et Jean-Pierre Vernant venait de mourir. Toutes les rues grouillaient de la recherche frénétique du meilleur prix
lorsque je sortis en quête d’un livre de Vernant, La Traversée des Frontières.
Jean-Pierre Vernant, né en 1914, orphelin de la Grande Guerre, était un historien et un philosophe fameux, professeur au
Collège de France, spécialiste des mythes grecs et de l’Antiquité. Intellectuel de renom, reconnu par ses élèves comme un grand professeur, Vernant explora toute sa vie le monde grec ancien,
s’appliquant à comprendre cet autre temps, ses hommes et ses mots. Vernant fut cet homme.
Il fut aussi un résistant. Un de [...]
Les manuels de littérature les appellent les écrivains mineurs. Et encore, ils usent de
cette dénomination lorsqu’ils daignent mentionner leur existence, ce qui n’est pas si fréquent.
A l’école, bien malin celui qui a eu vent d’un de ces types1 : Perros, Calet, Hyvernaud, Dhôtel… Ces
gars sont tellement peu connus que mon ordinateur ne les reconnaît pas et souligne chaque nom comme autant d’erreurs ou d’incongruités. Tout cela est normal. Ces écrivains ne siègent pas au
panthéon littéraire.
Loin de moi l’idée de vouloir réhabiliter quelques-uns de ces plumitifs anonymes ou presque. Ils se contentaient
d’ailleurs bon gré mal gré du mépris [...]
Jean Teulé,
« Je, François Villon »
aux éditions « Julliard »
Né peut-être le jour de la mort de Jeanne d’Arc en1431. Fils d’un père pendu et d’une mère suppliciée. Il fut recueilli
par un chanoine Maître Guillaume. Il étudie et obtient une maîtrise des arts à Paris.
Durant ses soirées qui deviennent vite des journées, François fréquente les tavernes et les ribaudes ; les
étudiants et les compagnons de la coquille. Intrigué par leur langage, il souhaite devenir un des leurs. Après la mise à l’épreuve, Villon apprend leur dialecte et participe à leurs activités qui
sentent la liqueur (le sang en [...]
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