Résister, qu’ils disent, c’est devenu inutile ! Et on a intérêt à les croire sur
parole si on veut pas finir dans l’heure devant un peloton d’exécution de néo-citoyens zélés. Ils disent aussi que les subversifs dans notre genre ils en ont de trop et qu’ils
vont s’en occuper vite et bien. C’est comme ça tous les soirs, quand les écrans de la télé s’allument dans les baraques du chantier de la centrale en ruine et
que nous, les ex-citoyens, les déclassés, on est obligé de se boulotter leurs programmes de dératisation sociale.
Dans la journée, c’est sur les chantiers que les surveillants armés nous [...]
Un soir cela arrive.
La femme dans le jardin, s’est laissée faire, égarer, par le vent. L’enfant, sur le seuil
est frêle, aux prémices de lui-même. La fenêtre est à mi-ouverte dans le lendemain gris, muet. Sur la table, le couvert n’est pas mis mais un livre, ouvert, contient leur nuage de lumière, la
lumière des murmures, la chaleur de la grange, des étables, l’air fébrile coulant sur la ville, le détail des chevaux échinés et dociles.
L’homme ouvre la portière de sa machine. Se peut-il qu’il pleuve autant ? On croit la
neige proche, possible. Mâche le vent. L’enfant considère les genêts. Le bois n’est plus son royaume. L’homme sort du paquet [...]
Si le client souriait tant ce soir-là, c’est parce que son tailleur habile, élancé, s’était appliqué.
Mailles après mailles, il avait bien achevé son travail. Une fois sa tâche accomplie, le tailleur donc remit au monsieur le complet promis - tout cela se passa à l’heure où les moines font
office.
Le client précisément vêtu s’en alla ainsi compléter la liste des rares précieux admis aux soirées du
Baron. Il put, toute aise, y complimenter Madame la Baronne, caresser Gogord le majordome et s’enfiler filets, magrets, au gré des dives liqueurs moussues. Il accomplit surtout son destin de
complaisant imbécile. En appartenant durant quelques heures à ce [...]
Si un jour par hasard en longeant les quais d'une bourgade vieillie vous frôlez une de ces grandes bâtisses du passé, bâtisses d'un
autre temps où la puissance des empires se mesurait à la taille de leurs caravelles et au nombre de leurs marchés aux épices, arrêtez-vous. Rentrez par une de ses petites portes dérobées.
Traversez ses couloirs, ses salles vides, ombragées, pour parvenir enfin à une pièce plus confinée, plus secrète. Elle sera chargée d'encre pugnace et de bois bruni, vous la reconnaîtrez, c'est
une bibliothèque.
Avec un peu de chance vous y trouverez peut-être l'un des derniers cartographes du royaume. Vieil homme fourbu, opiniâtre que vous [...]
Comment en est-on arrivé là ? On n’a rien vu venir, on ne les a même pas soupçonnés. Ils disaient que c’était au nom de la liberté,
au nom de nos libertés individuelles. On les a crus, comme toujours. Et puis ça n’a pas eu l’air de déranger les autres, au contraire…
Ils sont encore à nos trousses. Ils ont eu Benson et Le Gaulois. Enfin je crois. La dernière fois que j’ai vu Benson, il ramassait
les jambes du Gaulois arrachées par un tir de roquette. Il avait l’air embêté de ne pas trouver de glace pour les y plonger. Il faisait une de ces chaleurs en plus. Quand ils ont lâché leur chien
sur le Gaulois, Benson n’a pas supporté. Faut dire qu’ils sont costauds [...]
L’écrivain naît au moment où l’enfant est séparé de ses camarades qui s’amusent dehors au lavoir ou aux jardins. S’il leur arrive de s’égratigner
dans la cour, de tomber à l’eau en jouant près d’une fontaine, l’enfant retenu à l’intérieur d’une chambre tombe aussi.
Mais littéralement. A l’intérieur de certains livres. D’immenses livres clairs que l’enfant ne comprend pas tout de suite, mais qui
immédiatement le fascinent. Ils parlent encore quand l’enfant se couche après les avoir refermé. C’est à partir de là que l’écrivain a lieu.
[...]
La seule question qui importe, aussi tard qu’on se la pose, est de savoir s’il y a des cithares à l’abbaye de Cîteaux.
Ce serait une tare que de ne pas répondre. Les moines de l’abbaye en seraient les premiers ébahis.
Or, si tôt dit, Cîteaux fait. Aussitôt le manque de cithares remarqué, on y fabriqua de belles cithares en bois à l’usage des moniaux
lèvent tôt qui baillaient. Mais ceux-ci ne tardèrent pas à oublier leurs sacrées règles pour improviser saintement sur les dits instruments neufs- il y en avait cent quatre vingt dix neuf.
A l’abbaye donc, les moines ne furent plus très réglos. On n’obéit dès lors plus qu’à la baguette du chef d’orchestre qui s’en [...]
Avez-vous remarqué comme les contes sont souvent ancrés dans la morale : le bien triomphe toujours du mal. Prenez Les Trois Petits cochons : trois jeunes cochons construisent leur maison,
et une fois l’ouvrage achevé, un loup arrive pour les manger. Après avoir échappé au loup qui a détruit leur maison, les deux premiers cochons se réfugient chez le troisième qui a fait une maison
plus solide. De rage, le loup entre par la cheminée, tombe dans la marmite et les trois petits cochons mangent le loup. Le conte s’achève là, tout est bien qui finit bien : le juste est
récompensé, le fourbe châtié.
Mais deux des cochons ont perdu leur maison...C’est la [...]
Résumé de l’épisode précédent : Le
narrateur, hospitalisé pour perte de mots et de règles orthographiques, rencontre à la fin de son séjour un vieil homme. Celui-ci y a été admis pour perte de mémoire (la maladie d’Al Zahr meurt).
Il raconte au narrateur comment il est tombé amoureux de sa propre maladie qui lui est apparue sous les traits d’une femme nommée Amnésia. Lorsque ce vieil homme perd sa mémoire, Amnésia apparaît
alors et les deux amants filent le parfait amour. Mais dès qu’il essaie de se souvenir du parfum ou des baisers de cette femme, elle lui dérobe alors tous ses souvenirs.
« Voilà, je vous ai tout dit, Monsieur » conclut le [...]
Il m’est arrivé d’oublier les nombres, les chiffres et les lieux. Le matin, je me levais, m’habillai, et brusquement m’apercevais que…avais
oublié que…existais. Ou j’oubliais l’emplacement de mes yeux. C’était pourtant facile, ils avaient toujours demeuré sur mon… Un lundi, alors que ciel et montagnes étaient occupés à réveiller me,
…ne savais plus comment se nommait le … sur lequel … dormais depuis dix ans.
Ni la … que …’ouvris pour aller dans le … . En disparaissant, c’est comme si les idées que ces choses représentaient avaient disparues. … ne
retrouvais plus nulle part mon visage, mon jardin, mon lit, ma porte et moi-même. Pour tout dire, je regardais même [...]
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Le Lokal Matos est un petit journal qui offre une autre lecture de l'actualité, de la société, de l'écriture, de la littérature...
Le Lokal Matos est avant tout un journal qui vous servira à emballer votre poisson.