Mon travail consiste à accompagner des enfants dont les parents se sont mal
aimés, violemment souvent, à leurs dépens toujours. Et parfois, il y a des drames, je veux dire encore plus odieux que ceux que je rencontre chaque jour, quand la mort s’invite à la
table.
Il est seize heures, je reviens d’un entretien dans une famille. C’est à ce moment que je
croise ma collègue qui me demande si je peux l’accompagner, la police a appelé pour qu’on vienne les aider… Deux militaires se sont mis sur la gueule, y’en a un sur le carreau ; sa femme est
au commissariat, avec sa fille, 6 ans, et les deux petits du voisin, les enfants du tueur. Leur [...]
Au rendez-vous des copains, les jours passent et se ressemblent terriblement. Appuyés sur un coin du zinc,
nos chevaliers de gouttière essuient un dernier orage. Comme tous les soirs, La flèche et Jojo s’en jettent un dernier, avant de prendre l’apéro. Et y’a toujours un type au bout du zinc, qui
s’amarre au comptoir, aux prises d’un bateau ivre. A la radio, passe la chanson de Prévert et Kosma…
« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi… »
LA FLECHE
Y’a pas qu’les feuilles qui s’ramassent à la pelle ; demandez à la police de l’air et des frontières, ce
qu’ils pensent de la pénibilité du [...]
Je suis seul le matin, quand je prends le métro. Je gerbe les incivilités de ce monde et eux ont l'air de s'en
satisfaire.
Personne ne se regarde, personne ne s'aide. Moi non plus, mais moi, c'est pas pareil. Je pourrais mais…
Ces gens-la ne se parlent pas. Je l'ai vu hier soir au journal. Ils veulent à tout prix éviter le piège
de la sympathie, cette chose qui pourrait les arrêter quand il faudra prendre la place du dernier. Je l'ai vu, au journal, je l'ai bien senti.
Il y a pas grand chose à comprendre d'autre, c’est comme ça qu'ils sont, c'est comme ça qu'ils resteront, je l'ai vu c'est
au journal qu'on me l'a dit.
Je [...]
Vous prendrez bien une petite tranche de nuit ?
Un croquis pris sur le vif d’une réalité humaine nombreuse et anonyme. Suivant les discours, elle est nommée pauvreté,
misère, immigration ou encore folie. L’ascenseur social n’est pas en panne, sa cabine est juste réservé à certains. Pour les autres il reste peut-être la solution de l’escalier de service. Mais,
pour ceux dont nous parlons ici, même l’échelle de secours est absente…
Il y a une sonnerie dans le bureau ou plutôt une sonnette aigrelette ; je cherche et ne trouve pas à quoi elle peut correspondre.
Je suis nouveau dans le service, je ne connais pas [...]
Au quotidien, il se montre, au détour d’un chemin, on le rencontre
Claude reprend ses tocs et sans arrêt il ferme la porte
Ambre stoppe les efforts et ses roues deviennent ses jambes
Eglantine manque d’oxygène mais la clope reste sa dope
Irénée rate son mariage et plus jamais il ne s’engage
C’est alors qu’on recommence, on réfléchit et on avance
La profession devient passion, et le combat nous rompt parfois
L’avenir reprend ses droits, et rose on veut qu’il soit
On l’apprivoise et on apprend toujours un peu au fil des jours
Baisser les bras toujours plus [...]
Tit Mellil, centre social à 15 km de Casablanca au Maroc.
Plus j’y réfléchis, plus je pense que le Ministre du Développement social de la Famille et de la Solidarité marocaine
est doué pour les figures de style. En effet, dans l’expression « centre social », l’adjectif « social » est ici une antiphrase, figure de style qui
consiste à dire le contraire de ce que l’on veut vraiment dire.
Dans ce centre, survivent plus de six cents personnes dans des conditions tragiques : hommes, femmes et enfants.
Pourquoi ces êtres se retrouvent-ils dans cet endroit sinistre et isolé ?
Leur seule erreur est de ne plus [...]
Tous les matins, je m’y rends en voiture. Ce n’est pas tout près et les bus ne s’aventurent pas le long de cette sinueuse avenue.
Plus on s’élève, plus la vue sur Marseille se dégage. Du bâtiment principal, perché en haut d’une colline, on jouit même d’un poste
d’observation idéal sur la mer et les îles au loin. Le cadre est plutôt agréable pour un lieu de travail. De grands pins nous ombragent aux heures d’été et nous couvrent de la pluie pendant
celles d’hiver. Les écureuils s’y ébattent gaiement. Je les vois depuis mes fenêtres, et cela provoque quelques minutes de distraction autour de la table. Les jeunes en profitent pour fuir
discrètement les exercices [...]
La séparation entre l’âme et le corps a laissé penser que chez les sujets déficients mentaux, le corps
était épargné, sinon facilement éducable.
Victor de l’Aveyron, cet enfant
sauvage classé comme « idiot congénital » par M. PINEL est sauvé de l’asile par M. ITARD, n’en est-il pas le meilleur exemple ? Malgré les efforts répétés de son éducateur, Victor
ne parlera jamais, articulant à peine quelques sons, alors que son évolution corporelle est remarquable : affinement des sens, distinction des formes, acquisition de la marche…
Pour la psychiatrie de la fin du XIXème siècle, l’éducation corporelle est la base même de [...]
Rentrant de mon collège chaud, sensible et multicolore des quartiers nord, je m’en allai ce soir-là vers le grand théâtre
du centre ville où l’on donnait le soir même une représentation de Guerre et Paix
de Tolstoï.
En marchant sur le port, sous un beau soleil d’octobre, je repensai à mes élèves et à leurs péripéties du jour.
J’en revoyais un s’échiner à orthographier correctement le mot Égypte, sous ma dictée. Me revenaient aussi les visages des
plus grands essayant entre deux rires et trois provocations, de réfléchir à la justice et à Galilée. Je revoyais enfin l’un d’entre eux, dépassé par le sujet, m’offrir fièrement le fruit de son
travail [...]
Assis à une terrasse avec une amie au milieu de convives qui semblent aussi apprécier ce moment de détente, je sirote
un demi bien mérité qui célèbre une belle fin de journée.
Mi verre, deux bonhommes s’installent sur la place du café Gentilhomme. Face aux tables, ils déballent leurs
instruments.
Immédiatement une musique douce s’échappe de la flûte traversière tandis qu’assis sur un ampli le guitariste
l’accompagne sur un air de blues. Le goût de ma bière s’accorde parfaitement avec ce son voluptueux, cette musique classique somptueusement réadaptée par le jeune duo. Chacun des clients
profitent de ce petit concert officieux. La musique se [...]
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Le Lokal Matos est un petit journal qui offre une autre lecture de l'actualité, de la société, de l'écriture, de la littérature...
Le Lokal Matos est avant tout un journal qui vous servira à emballer votre poisson.